/CLOSE-UP/

 

Chie dedans ! Crève dedans ! Bouffe dedans ! Dors dedans ! Rêve dedans ! Bosse dedans ! Baise dedans ! Pleure dedans ! *

 

Chie quoi? Crève de quoi? Dors dans quoi? Rêve de quoi? Bosse pour quoi? Baise quoi? Pleure sur quoi?

 

On parle de quoi. On parle de comment. Rêvez-vous en couleur? Pensez-vous en rond? Bouffez-vous sain? Tirez la langue et faites un anneau de chair. Vous reprendrez bien 33 tranches de cake aux bonbons? Une bombe? Où ça une bombe? On éparpille façon puzzle et on fait un diorama avec ce qui reste. On expose, on ouvre, et on regarde dedans. On montre l’invisible, jusqu’à saturation.

Bienvenue dans le grand freak show, le panoptique, la crèche tordue de Tony Ceppi.

Peut-on être un miniaturiste à grande échelle? Car il y un problème d’échelle ici. C’est trop grand, ou trop petit. Ça déborde de tous les côtés, il y a des trous blancs. Ou alors c’est. Juste. Et on se retrouve le nez dedans, les yeux vrillés sur les détails, les hachures au scalpel dans l’épaisseur de la chair du trait de bombe, les gouttelettes, le museau des peluches, les bulles de pensée, le rythme de la lumière dans des bidons, radeau ravagé, protubérances bizarres. C’est dense, très dense.

Le rotring ou le spray, le pinceau et la mine de plomb, la délicate aquarelle et les rebuts de la société de consommation, tout est bon pour disséquer. Scalpel épais on a dit.

Il y a des obsessions chez Ceppi: de la dévoration, de l’urgence, des noirs plus joyeux que les couleurs qui font l’effet d’un coup de poing entre les deux yeux.

Il y a de l’accumulation chez Tony: des collections, des machineries corporelles, des fluides, des flux, du sang des larmes de la sueur, des donuts, des langues, des ondes, des entrailles entravées, un bestiaire mécanique. C’est dense, c’est chaud, c’est clinique, ça palpite, ça tourne comme un manège, ça mélange tout. C’est un corps avec queues et têtes. Ça rend fou, boum. C’est un système. Et les systèmes ça s’expose et ça s’explose.

Il y a des délicatesses chez Ceppi: des tripes ciselées, des cadavres émouvants, des aquarelles romantiques, des enfances, des générateurs de pensée, des bateaux pour partir, des cages électriques, des volumes-cartes, de la mer, des catalyseurs à oxygène qui coagulent l’idée, on rêve en couleur entre deux cauchemars et on se rendort doucement en attendant que le monde ré-éclate, demain. On reprend un beignet et on se vautre dans le canapé, on regarde le film.

Il y a des mondes chez Tony: des galaxies boudinées, des anneaux partout, des illusions plus vraies que nature, des fils de pêche qui tiennent des édifices, des projections anarchiques, des trajectoires calculées, des territoires à conquérir, des libertés prises de force, des souvenirs dissous, des conflits par la bande, des carambolages qui finissent bien, des close-ups.

Alors: on chie la peur. On crève de chaud. On dort dans les nues. On rêve hier et demain. On bosse pas, on travaille. On baise tout. On pleure sur l’enfant qu’on est encore.

Et puis, on entre dans le grand cirque de Tony Ceppi.

Myriam Le Basque

* Odezenne, Dedans, 2012